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Relations historiques

La Roumanie et la France – coopération militaire et diplomatique dans l’épopée de l’union nationale

prof. Eugen Grivescu


Au début du XX-ѐme siècle le système international était marqué par une rivalité entre les grandes puissances pour le partage du monde.

La Roumanie était impliquée dans ces enjeux : d’une part elle était l’objet de la rivalité entre les empires voisins qui avaient déjà préparé des plans d’annexion de différentes parties de notre territoire, et d’autre part elle cherchait à créer des conditions favorables pour accomplir lʼidéal national, c’est-à-dire l’union territoriale.

 Lʼidée de lʼunité roumaine était une constante historique cristallisée par un long processus qui avait comme base lʼunité de peuple et de langue, la présence continue sur un même territoire et qui sʼest consolidé avec la formation de la conscience nationale et de la nation roumaine.

 Organisés en petits États séparés du point de vue politique, menacés en permanence par lʼexpansion des voisins plus puissants, les Empires ottoman, russe et autrichien qui ont annexé des territoires roumains, les Roumains ont gardé leur conscience nationale et le désir dʼêtre unis.

 Cette conscience a été consolidée par les multiples relations politiques, économiques, culturelles et militaires entre les Pays Roumains et elle a contribué à lʼapparition de la nation roumaine au XIX-ѐme siècle, dans le cadre de laquelle sʼest consolidée la conscience de lʼunité nationale.

 Dans ce processus historique, la France a été dʼun soutien constant. Ainsi en 1856, aprѐs la Guerre de Crimée, lors du Congrѐs de paix de Paris, avec lʼappui de la France, le problѐme de lʼunion des principautés de Valachie et de Moldavie est devenu une question européenne : le Congrès a discuté du désir dʼunion des Roumains. Les Principautés Roumaines ont été libérées de la suzeraineté ottomane et sont entrées sons la protection collective de sept États européens, le sud de la Bessarabie revenant à la Moldavie.

 Aprѐs la Conférence de Paris de 1859, par la double élection dʼAlexandru Ioan Cuza comme seigneur des deux Principautés, lʼÉtat national roumain voit le jour – La Petite Roumanie, en-deçà des frontières naturelles de la Roumanie; des territoires importants restant sous la domination des Empires austro-hongrois, russe et ottoman.

 La Roumanie devient un État moderne par lʼeffet des réformes dʼAlexandru Ioan Cuza, puis par la Constitution de 1866 du seigneur Charles Ier de Hohenzollern. En 1878, la Roumanie obtient son indépendance par un effort militaire héroïque dans la guerre balkanique et elle annexe à son territoire la Dobroudja et le Delta du Danube.

 Le processus de modernisation interne et dʼaffirmation internationale se poursuit, la Roumanie devenant ainsi Royaume en 1881 et signant ensuite un traité défensif secret avec lʼalliance politico-militaire de la Triplice ou Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie).*

 Lorsquʼéclate en 1914 la guerre entre les deux grands blocs politico-militaires – Les Empires Centraux et lʼEntente, la Roumanie est mal preparée du point de vue militaire, mais a un grand désir de libérer les territoires roumains de la domination étrangère.

 Tout en étant liée à la Triple Alliance par le traité secret de 1883, la Roumanie devait décider si elle abandonnait lʼidéal national en ce qui concerne les territoires roumains sous domination austro-hongroise. Le 3 août 1914, au Conseil de la Couronne de Sinaia, les hommes politiques roumains décidèrent la neutralité de la Roumanie et l’expectative armée.

 Pour des raisons stratégiques (la position géographique de la Roumanie) et économiques (son potentiel économique et humain), les deux camps voulaient la présence de la Roumanie à leurs côtés. Dans le cadre des longues discussions avec les pouvoirs de lʼEntente tenues entre 1914 et 1916, au cours desquelles les relations avec la France ont joué un grand rôle, la Roumanie est entrée en guerre du côté de celle-ci. La nouvelle de lʼentrée en guerre de la Roumanie a produit à Paris et dans la France entière une impression trѐs favorable au peuple roumain. Le gouvernement français et particulièrement le président du Conseil (cʼest-à-dire le premier ministre) Aristide Briand, vu comme lʼauteur principal de lʼintervention de la Roumanie, reçoivent des louanges.

 Au début du XX-ѐme siѐcle la Roumanie était un pays francophone et francophile. En 1920 Charles Drouhet affirmait que „sʼil existe un pays où le voyageur français ne se sent pas dépaysé, cʼest bien la Roumanie.”

Pour la Roumanie, la participation à la guerre avait un caractѐre juste, de libération des territoires roumains sous la domination austro-hongroise.

Le président du Conseil français a envoyé un message au peuple roumain par lequel la Roumanie était assurée quʼ„elle prendra sa place dans la coalition au moment opportun et qu'elle assurera légitimement, aux yeux de tout le monde, la pleine satisfaction de ses aspirations nationales” *.

Le 14/27 juillet 1916 a été conclue la Convention politique et militaire avec lʼEntente, par laquelle la Roumanie déclarait la guerre à lʼAutriche-Hongrie et recevait lʼassurance que la paix avec cette dernière ne serait pas signée tant que les objectifs de la Roumanie ne seraient pas réalisés. LʼEntente garantissait lʼintégrité territoriale du Royaume Roumain et la pleine participation de la Roumanie à la Conférence de Paix.

Les Alliés ont promis une grande offensive sur le front de lʼEst et du Sud et approvisionnaient régulièrement la Roumanie en armes et munitions en quantité nécessaire.

Quand le 15 août 1916 la Roumanie est entrée en guerre aux côtés de lʼEntente, de laquelle faisait partie aussi la Russie, il était évident que la Bessarabie, à ce moment-là sous domination russe, était sacrifiée. Mais sʼensuivit une leçon de lʼhistoire* : la Bessarabie a été la premiѐre province occupée qui sʼest unie à la Roumanie.

La campagne roumaine de libération de la Transylvanie de 1916 a été peu soutenue par lʼEntente. La campagne roumaine de 1916 a été un appui donné aux Français subissant alors une grande offensive allemande à Verdun : des puissantes divisions allemandes du front de lʼOuest ont été transférées en Transylvanie. De plus, depuis le sud les troupes allemandes et bulgares ont attaqué, infligeant ainsi à lʼarmée roumaine une grande défaite. Sʼen est ensuivie une retraite continue de lʼarmée roumaine devant lʼarmée allemande mieux aguerrie. Deux tiers du territoire de la Roumanie se retrouvent sous occupation étrangѐre. Dans le seul territoire libre, la Moldavie, se réfugient le Roi Ferdinand, le Parlement, le Gouvernement, lʼarmée et les civils.

Quand lʼarmée roumaine est refoulée par les forces des Empires Centraux sur la ligne des Carpates, une mission française conduite par le général Henry Mathias Berthelot a été envoyée en Roumanie. Elle sʼest etablie à Iași, contribuant à une bonne coopération avec les États alliés, en défendant les intérêts de la Roumanie face à la Russie. Au général Berthelot, qui défend les intérêts français, on reproche quʼil est plus roumain que les Roumains.

Dans les territoires occupés, lʼAllemagne organise une exploitation systématique des richesses stratégiques de la Roumanie.

Dans le seul territoire libre, la Moldavie, dans la premiѐre moitié du 1917, sous lʼautorité directe du général Berthelot, lʼarmée roumaine est remise sur pied et reconstituée en deux grandes armées avec lʼaide technique et militaire de la France et de lʼAngleterre.

Pour ses mérites, le général Berthelot reçoit du Parlement de Roumanie le titre de Citoyen dʼHonneur le 21 mai 1917.

À lʼété 1917, lʼAllemagne décide dʼen finir avec lʼarmée roumaine, mais dans les batailles de juillet-août, surnommées „les batailles du peuple” de Mărăști, Mărășești et Oituz, les troupes roumaines, bien équipées, font preuve dʼune extraordinaire ténacité en démontrant que „par ici on ne passe pas”.

Dans la campagne de 1917, le général Berthelot a été un observateur de la situation militaire, mais dans les batailles, aux côtés des Roumains se sont distingués aussi dʼautres Français.

Le ministre de la guerre français Paul Painlevé a reconnu les mérites de la mission française qui „a réussi brillamment à remplir le rôle qui lui a été attribué au cours de difficiles et de glorieuses luttes qui ont signé lʼéchec de lʼoffensive allemande”.

De son côté, le général de lʼarmée roumaine, Eremia Grigorescu, mentionnait: „jʼai trouvé chez eux un dévouement infini, une attention unique pour assurer le succѐs et un mépris total du danger”.

Pendant la période de la guerre ont été définis les programmes politiques qui ont constitué la base des actions nationales roumaines de Bessarabie, Bucovine et Transylvanie. Si dans un premier temps, celles-ci portaient des revendications nationales pour les Roumains discriminés en Russie et Autriche-Hongrie, en 1917 les programmes nationaux se radicalisent et les Roumains demandent le droit à lʼautonomie politique pour les provinces peuplées en majorité de Roumains.

En 1918 a été adoptée lʼidée de lʼautodétermination au plan international et sur ce fondement, les représentants des Roumains demandent lʼindépendance des provinces où les Roumains étaient majoritaires. Lʼeffondrement militaire des Empires Centraux et lʼaffirmation des principes démocratiques à la fin de la guerre ont représenté un facteur décisif pour lʼidée dʼunion avec la Roumanie. Les dirigeants des Roumains ont pris la décision de lʼunion dans le cadre dʼune organisation politique nationale, ils se réjouissaient du soutien de la population et ils ont convoqué des réunions au caractѐre représentatif pour donner du poids à cette demande aux yeux de lʼopinion publique nationale et internationale.

Les événements de Russie, cʼest-à-dire la révolution bolchevique, oblige la Roumanie à accepter le 28 novembre/9 décembre 1917 un armistice provisoire avec les Empires Centraux et ensuite à signer sous la contrainte le traité de Bucarest du 20 février/8 mars 1918 par lequel des territoires lui étaient confisqués et le pays mis sous tutelle par lʼAllemagne.

Les défaites militaires ont provoqué aussi la dislocation des empires multinationaux parmi les Empires Centraux.

Parallèlement sʼest intensifié le mouvement de libération des peuples qui étaient sur le chemin de lʼautonomie et de lʼindépendance. Du 26 au 28 mars 1918 a lieu à Rome un Congrѐs des Nationalités de lʼAutriche-Hongrie, qui vote une motion demandant la reconnaissance des droits de chaque nation à se constituer en État national indépendant ou de sʼunir avec son État national, si celui-ci existait déjà.

Lʼaccomplissement de lʼunité nationale des Roumains à la fin de la premiѐre guerre mondiale doit être vu comme une réalisation naturelle, une nécessité historique imposée par lʼévolution de lʼÉtat national vers son accomplissement et non pas comme une conclusion de lʼeffort militaire de la Roumanie entre 1916-1918.

Ce nʼest pas la Premiѐre Guerre Mondiale qui a créé la Grande Roumanie, elle nʼen a été que lʼoccasion. La Roumanie sʼest impliquée dans la guerre pour libérer les provinces roumaines de lʼEmpire austro-hongrois, lʼarmée roumaine faisant preuve de son sens du sacrifice dans les batailles de Transylvanie et de Dobroudja de 1916 et dans les luttes de Moldavie de 1917.

Ce nʼest pas une victoire militaire qui a été la raison principale de lʼÉtat national roumain, mais lʼacte de volonté de la nation roumaine.

Ni les partisans de lʼEntente, ni ceux des Empires Centraux nʼont prévu la révolution de Russie et la dislocation de la monarchie austro-hongroise.

Le 4/17 janvier 1918 est apparu à Paris le premier numéro de la publication hebdomadaire „La Roumanie” qui avait pour but lʼappui de lʼémigration aux demandes roumaines sur le plan politique et diplomatique.

Le 27 février/12 mars 1918 la mission française quitte la Roumanie.

Le 9 novembre 1918 le Roi Ferdinand mobilise lʼarmée et fait une proclamation demandant aux troupes allemandes de quitter la Roumanie dans les 24 heures.

À ce moment le général Berthelot télégraphie à Paris: „La Roumanie est entrée de nouveau en guerre avec lʼAllemagne avant de signer lʼarmistice. Ainsi elle est aujourdʼhui membre à part entière de lʼEntente”. À ce moment la Roumanie se trouve parmi les vainqueurs. Peu de temps après lʼAllemagne signe lʼarmistice du 11 novembre. *

La Roumanie unifiée sʼest réalisée dans un contexte historique particulier, en trois étapes successives, de façon démocratique; ainsi la Bessarabie, la Bucovine et la Transylvanie se sont unies avec la Petite Roumanie.

 Le 27 février/9 mars à Chișinău le „Conseil du Pays” vote lʼunion de la Bessarabie avec la Roumanie.

 Le 17/30 avril 1918 se constitue à Paris „Le Comité National des Roumains de Transylvanie et Bucovine” qui plaide pour lʼunion avec la Roumanie.

 Le 24 août/6 septembre 1918 se crée à Paris „Le Conseil National Roumain provisoire” qui se transforme ensuite en „Conseil National de lʼUnité Roumaine”, un organisme représentatif ayant à sa direction Take Ionescu, Vasile Lucaciu, Octavian Goga, Constantin Angelescu et Ioan Florescu. Ce conseil est reconnu au mois du septembre par le gouvernement français, au mois dʼoctobre par le gouvernement anglais et en novembre par le gouvernement italien.

 Le 15/28 novembre 1918, Le Congrѐs général de Bucovine décide lʼunion de la Bucovine avec la Roumanie.

 Le premier décembre 1918 à Alba Iulia „LʼAssemblée Nationale des Roumains de Transylvanie, Banat et Pays Hongrois” déclare lʼunion de ces Roumains et des territoires quʼils habitent à la Roumanie.

 La Grande Union de 1918 est en même temps un nouveau départ : les contemporains voyaient la nécessité dʼune redéfinition du pays et de la nation, et lʼéquivalence entre la Grande Roumanie et la Nouvelle Roumanie, avec une structure territoriale et institutionnelle différente (démocratique et plus inclusive sur la plan social et économique).

 Ce que les Roumains avaient réalisé devait être légitimé par les traités de paix.

 Le principe des États-nations qui a consacré lʼorganisation du monde dʼaprès-guerre à Paris en 1919 a été la force qui a propulsé et coagulé des petits États dans le monde.

 La Conférence de Paix de Paris a mis lʼaccent sur le principe des nationalités et la réorganisation de lʼEurope sur la base dʼÉtats-nations, éliminant les empires agressifs russe, allemand, austro-hongrois et ottoman.

 La Roumanie a fait de grands efforts pour défendre sa cause, sur la base du traité dʼalliance de 1916 et des sacrifices faits pendant la guerre. Dans les efforts réalisés pour une paix qui confirme la justice des décisions roumaines de 1918, la Reine Marie sʼest distinguée et a réussi à gagner le soutien du premier ministre (président du conseil) français Clemenceau.

 Celui-ci nʼaimait pas I. C. Brătianu, premier ministre de la Roumanie, et, amusé par lʼinsistance de la Reine, il lui a reproché la paix séparée de la Roumanie avec les Empires Centraux de mars 1918.

 Quand Clemenceau a dit à la Reine quʼà Paris la Roumanie voulait se tailler „la part du lion dans le Banat”, la Reine lui a rétorqué en plaisantant „Voilà pourquoi je suis venue à voir son cousin germain, Le Tigre” (le surnom du premier ministre français). Celui-ci lui répond alors en plaisantant „un tigre nʼa jamais fait de petit avec une lionne”.

 À la Conférence de Paix de Paris, la Roumanie a obtenu tout ce quʼelle espérait, malgré les réserves des États-Unis en ce qui concerne la Bessarabie.

 Le 28 juin 1919 à Versailles, le Traité de Paix entre les Puissances Alliées et lʼAllemagne est signé, et en ce qui concerne la Roumanie, il annulait les provisions du Traité de Bucarest de 24 avril/7 mai 1918.

 Le 10 septembre 1919, le Traité de Paix de Saint-Germain est signé entre les Puissances Alliées et lʼAutriche, par lequel celle-ci est réduite à ses frontières actuelles et lʼunion de la Bucovine avec la Roumanie était reconnue sur le plan international.

 Le 10 décembre 1919, la Roumanie signait les traités de paix avec lʼAutriche et la Bulgarie, aussi que le Traité des minorités qui prévoyait que la Roumanie accorde à tous ses citoyens sans distinction de nationalité, de langue, de race ou de religion, lʼentiѐre protection de leur vie et de leur liberté.

 Le 4 juin 1920, le Traité de Paix de Trianon est signé par les Puissances Alliées et Associées et la Hongrie, reconnaissant sur le plan international lʼunion de la Transylvanie, du Banat, du Crişana et du Maramureș avec la Roumanie.

 À la fin de la Premiѐre Guerre Mondiale, la Roumanie obtenait bien plus que la libération des Roumains de lʼEmpire austro-hongrois quʼelle sʼétait donnée comme objectif au début du conflit.

 Les grands changements sur le plan européen de la deuxième moitié de lʼannée 1918 et la capacité des dirigeants roumains à sentir le moment historique ont fait que tout sʼest transformé en un ensemble de réalisations réunies sous lʼintitulé de la Grande Union de 1918.

 Pour la Roumanie, la Grande Union de 1918, a représenté un repositionnement en Europe, par l’augmentation du territoire et de la population de 2/3: La Roumanie occupait en Europe le 10ème rang pour sa superficie et le 8e pour sa population.

 Par la suite, le monde a pu constater quelle était la différence entre les attentes pendant la guerre et les réalités du temps de paix, et lʼentre-deux-guerres, période apparente de paix, a été en fait un prolongement de la guerre. Ainsi sʼexplique lʼamputation territoriale de la Roumanie après le Pacte germano-soviétique de 1939 et le Diktat de Vienne de 1940, par lequel la Roumanie est privée de la Bessarabie, la Bucovine du Nord et le Nord-Ouest de la Transylvanie.

 

 

Traduction en langue française par Monsieur Laurent DEGRUGILLIERS, professeur d’histoire et géographie au Lycée Français de Bruxelles


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